Je me suis rendu du 30 mars au 1er avril dans l’extrême nord du Congo par la route sur près de 700 km pour aller d’Oyo (département de la Cuvette) à Souanké (département de la Sangha) pour visiter les chantiers en cours des routes Sembe-Souanke et Souanke-Ntam à la frontière entre la République du Congo et la République du Cameroun. En plus des ingénieurs de la Délégation Générale des Grands Travaux, j’étais accompagné dans cette visite du Préfet du département de la Sangha, du Président du Conseil départemental de la Sangha, du député de Souanké et d'autres autorités et personnalités locales.

La livraison de ces deux chantiers routiers sur un tronçon de 143km est prévue pour juillet 2019. Les deux chantiers routiers qui sont mis en œuvre concomitamment concernent (i) le tronçon Sembé-Souanké sur une longueur de 80,2 kilomètres pour un coût de 35 milliards 529 millions 489 mille FCFA ; et le tronçon Souanké- Ntam sur une longueur de 62,8 kilomètres pour un coût de 37 milliards 943 millions 33 mille FCFA. Ces coûts de travaux restent compétitifs à raison de 512,3 millions CFA/Km soit US$914 929/Km avec un taux de change de US$1=FCFA 560.

Il faut noter que le coût moyen de US$1,023 million/Km au 50eme percentile et de US$1,386 million/Km au 90eme percentile est considéré dans le cadre des statistiques sur les coûts unitaires des projets routiers financés par la Banque mondiale (Road Network Upgrading and Overland Trade Expansion in Sub-Saharan African, World Bank Policy Research Working Paper, December 2006). Cette compétitivité des coûts s’explique par le fait que les deux marchés de travaux ont été confiés à une firme dont les offres prises individuellement et combinées étaient les moins chères. Cette entreprise disposait en outre, de l’expérience technique nécessaire et des ressources financières suffisantes pour réaliser ces deux chantiers.

En fait, la compagnie Sinohydro Tianjin qui exécute les travaux a été choisie à l’issue d’un appel d’offre international qui a réuni 10 entreprises dont 5 chinoises, 3 congolaises, une tunisienne et une française. La supervision des travaux est conduite par le bureau d’Ingénieurs Conseil CIRAD du Mali sélectionné à l’issue d’un processus lui aussi compétitif et ouvert. Un avis à manifestation d’intérêt a attiré 30 firmes et sur cette base, une liste restreinte de 6 bureaux conseils a été établie qui comprenait des bureaux conseils du Mali, du Burkina Faso, de la Tunisie et de la France. L’évaluation des propositions techniques et financières de ces bureaux conseils a permis de retenir la proposition qui avait la meilleure notation aussi bien technique que financière en conformité avec les procédures de la Banque Africaine de Développement, co-financier avec le Congo de ces deux chantiers.

Le contexte et la justification de cette route.

Avec un volume d’échanges commerciaux compris entre 0,5 et 1% du volume total des échanges des pays membres, la Communauté́ Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) reste la sous-région la plus faiblement intégrée de l’Afrique subsaharienne, loin derrière l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) avec un taux de 15% (Banque Africaine de Développement, 2015).

La route Sembe-Souanke-Ntam est un élément de la liaison Yaoundé-Brazzaville et fait partie du Plan de Développement Consensuel des Transports de l’Afrique Centrale (PDCT-AC) adopté sous l’égide de la Communauté́ Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC) et qui vise, à̀ assurer, la circulation sur une route revêtue, d’une capitale à une autre. Cette liaison est un des principaux maillons du corridor alternatif au corridor Windhoek-Tripoli tel que défini dans le Programme d’action à Court Terme du NEPAD.
La construction de l’axe Sembe-Souanke-Ntam qui sera complétée par la construction d’un tronçon routier de 90 kilomètres de long au Cameroun devrait améliorer le niveau de service de la chaîne logistique de transport sur l’axe routier Yaoundé́-Brazzaville, accroître les échanges commerciaux entre le Congo et le Cameroun et améliorer les conditions de vie des populations de sa zone d’influence qui comprend le couloir de l’emprise de la route, les nombreux villages traversés de part et d’autre de la frontière et des deux régions frontalières desservies par ces routes. Ces deux régions frontalières connaissent des niveaux importants de pauvreté qui s’expliquent en grande partie par leur enclavement et l’inaccessibilité́ des populations aux infrastructures socio-économiques de base.
La réalisation de ces deux tronçons routiers au Congo va engendrer une redynamisation de la production agricole vivrière et de rente dans le département de la Sangha. Les taux de rentabilité économique interne sont estimés respectivement à 15,4% pour le tronçon Sembe-Souanke et a 19% pour le tronçon Souanke-Ntam avec des valeurs actualisées nettes positives. Ces taux sont supérieurs aux taux d’actualisation de 12% choisi pour l’analyse économique de ces tronçons routiers (taux de référence de 10-12%, Cost_benefit Analysis for Development, Asian Development Bank 2013).

Réaliser ces deux tronçons routiers est donc économiquement rentable pour la collectivité́ nationale. Et les mesures de mitigation des impacts environnementaux et sociaux qui visent à responsabiliser les populations locales dans les actions de protection du patrimoine forestier classé ainsi qu’à renforcer leurs capacités en matière de gestion des terres devraient profiter aux populations et devraient renforcer les impacts positifs de ce programme routier dans la Sangha.

Je retourne très satisfait de ma tournée dans la Sangha, car la construction de ces deux routes va permettre de relancer l’intégration régionale et constitue un important atout dont nos compatriotes devront se saisir pour tirer profit d’un accroissement significatif des échanges commerciaux et des activités économiques. Ce qui devrait créer de nouvelles opportunités pour la Sangha et l’ensemble du Congo. Ce potentiel ne se réalisera que si nous sommes tous prêts à prendre des risques et je sais que nombreux parmi nos compatriotes sont prêts à prendre ce pari. Les infrastructures seront prêtes d’ici peu et le Gouvernement entend soutenir la facilitation du commerce transfrontalier afin que nos compatriotes puissent transformer ces nouvelles opportunités en nouveaux paradigmes, ceux de la richesse pour chacun et les progrès pour tous.