Je suis en train de lire « Huawei, Leadership, Culture and Connectivity » de Tian Tao, David de Cremer et Wu Cunbo.

Je voudrais donc partager avec vous des réflexions que m’inspirent l’histoire de Huawei et de son fondateur Ren Zhengfei, un ancien ingénieur de l’armée chinoise qui a créé Huawei qui signifie que la Chine a un futur prometteur. Ren Zhengfei avait 44 ans en 1987 quand il créa Huawei dans un appartement d’un building résidentiel à Shenzhen comme une entreprise à responsabilité limitée avec un capital de CNY 21,000 soit US$5 655 des années 1987 ( 1 780 590 FCFA aux taux de ce jour). En fait parce que les règles de la zone économique spéciale de Shenzhen disaient qu’une entreprise technologique ne pouvait être créé qu’avec un capital minimum de CNY 20,000 (1 695 800 FCFA aux taux d’échange de ce jour) et devrait avoir au moins 5 actionnaires. Ren Zhengfei n’avait que CNY 3000 (254 370 FCFA au taux de change de ce jour) et trouva 5 autres partenaires, ce qui permit de mobiliser le capital nécessaire pour satisfaire aux exigences réglementaires afin d'obtenir l’autorisation de créer sa compagnie.

Huawei se crée dans le sillage de la révolution économique amorcée avec les réformes de Deng Xiaoping à la fin des années 1970. Et en l’espace d’une dizaine d’années entre 1978 et 1988, les structures économiques de la Chine connaissent une transformation de fond qui se poursuit de nos jours et qui font de ce pays, l’une des plus grandes puissances économiques de la planète. Et la vitesse et l’efficacité sont devenus le « motto » d’un milliard de personnes.

27 ans plus tard et donc en 2014, Huawei est une compagnie qui comptait 170,000 employés. Elle était présente dans 170 pays et servait plus du tiers de la population mondiale. Huawei fut classée 397ème des entreprises du Fortune 500 en 2010 et la seule compagnie privée chinoise à faire partie de cette liste. Huawei grimpa à la 285ème place en 2014. Quand 20 ans auparavant, Ren Zhengfei annonçait son rêve de faire de Huawei, une compagnie de réputation mondiale, la petite audience qui l’écoutait n’en croyait pas ses yeux et son staff pensait que leur chef était un illuminé.

Bien sûr que l’environnement économique et les réformes de ces années Deng Xiaoping ont profité au développement de Huawei et son implantation dans la Zone économique spéciale de Shenzhen n’y est pas étrangère. Il faut aussi dire que nombreuses entreprises publiques qui bénéficiaient de subsides importants du Gouvernement ont dans les mêmes conditions disparues comme Great Dragon. Et Datang est bien loin derrière Huawei à cause des rigidités dans ses processus de décisions, sa politique de ressources humaines et ses mécanismes d’incitations.

Mais deux éléments fondamentaux apparaissent dans le succès de Huawei, sa capacité à s’adapter à un environnement en perpétuel changement et la créativité de son personnel. Ren Zhengfei disait alors que « sans un passé particulier et sans ressources spéciales, nous ne pouvons compter sur personne mais que sur nous-mêmes, et chaque petit progrès que nous pouvons réaliser est dans nos mains et non dans les mains des autres ». La persévérance, la culture basée sur la satisfaction du client et le dévouement sont à la base du succès de Huawei. Prendre des risques est le propre des entrepreneurs et personne ne peut être entrepreneur s’il n’accepte pas de prendre des risques, mais prendre des risques est différent de jouer qui est un exercice intellectuel qui se base sur l’intelligence, l’intuition et la chance. Les entrepreneurs sont comme des marins qui naviguent sur la mer. Et la réussite vient avec une grande dose d’entêtement. La promotion ou la faillite des individus, des pays ou des entreprises tient à la vitalité des individus et des groupes à l’intérieur de ces organisations. La vitalité est l’âme des organisations quand l’inertie en est le cancer.

Transformer toute cette vitalité en résultats économiques ne pouvait pas se faire sans infrastructures et la Chine en manquait cruellement aussi bien dans le domaine de l’électricité, que des transports. Les télécommunications connaissaient un retard très important. En 1978, il n’y avait que 2 millions d’abonnés et le taux de pénétration du téléphone n’était que de 0.38, plus faible qu’en Afrique. Le téléphone était donc un privilège.

Cette réussite phénoménale de Huawei concrétise la pensée de Den Xiaoping qui était celle de rechercher et de poser les pieds sur les cailloux dans l’eau pendant que l’on traverse la rivière. Elle conforte en même temps la théorie du même Deng qui se basait sur le fait qu’il n’est pas important de savoir si un chat est blanc ou noir, l’essentiel et ce qui compte est qu’un bon chat est celui qui attrape des souris. Les idéologies n’étaient pas aussi importantes aussi longtemps que les chinois contribuaient au développement de la Chine. Ainsi donc, la population utilisant l’ensemble de son potentiel était à même d’amorcer le développement spectaculaire du pays.

Tout cela s’applique bel bien à notre pays. J’entends de nombreux internautes dire que l’Etat devrait créer des entreprises dans chaque département. Ce n’est pas la bonne recette et je dirais même que c’est la recette pour l’échec. Il existe un réel consensus dans ce domaine, l’Etat en tant que facilitateur et régulateur doit créer les conditions du développement de l’activité économique qui est essentiellement basée sur le secteur privé et donc sur l’entreprenariat. Faciliter c’est développer des biens publics comme les infrastructures qui sont indispensables à l’activité économique. Comment produire sans électricité et comment acquérir les matières premières et les intrants intermédiaires sans routes et systèmes de transport ? Peut-on produire sans eau potable ? D’où la politique des zones économiques spéciales si chère au Président Denis Sassou Nguesso avec le futur développement de la Zone économique spéciale de Pointe Noire (dont les études sont très avancées) comme à Zhenzhen. Le béton et le goudron sont utiles et nécessaires mais il faut plus que le béton et le bitume, c’est à dire l’esprit entrepreneurial c’est à dire la capacité à prendre des risques. C’est ce qui semble nous manquer le plus. Mais il n’est jamais trop tard. Moins de 10% de nos terres arables au Congo sont cultivées. De vastes opportunités existent pour la production agricole par exemple quand on sait que l’Afrique importe pour US$37 milliards de nourriture, montant qui passera à US$100 milliards en 2030.