La question de l’emploi, de la diversification de l’économie sont des thèmes récurrents abordés par nombreux d’entre vous. Certains en outre considèrent que le Gouvernement aurait dû financer des usines dans chaque département au lieu de mettre en œuvre le programme de municipalisation accélérée.
J’ai au préalable indiqué mon soutien au développement de l’initiative privée dans mes précédentes interventions et insisté sur l’importance des infrastructures comme biens publics qui facilitent le développement des activités et des initiatives du secteur privé. Je considère que la construction des usines par le Gouvernement et leur gestion est une approche pavée de bonnes intentions mais qui a montré ses limites. Je ne reviendrai donc pas sur ces positions dans cette intervention,
mais je voudrais vous faire part de l’approche que soutient le Gouvernement avec la mise en place des Zones économiques spéciales. Celle-ci devrait permettre d’attirer du financement direct étranger, d'accroître la part du secteur manufacturier dans notre économie et de contribuer ainsi à sa diversification et créer des emplois.
En s’engageant dans cette voie, le Congo suit l’exemple du Nigeria, de l’Ethiopie, du Kenya, du Gabon, de la Tanzanie, de la RDC, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, de l’Irlande, de la Corée du Sud et de la Chine. Par exemple, la contribution des zones économiques spéciales, des parcs industriels et technologiques et de toutes les autres zones chinoises était de 22% du PIB et de 50% du financement direct étranger en 2007 et montre la justesse des choix stratégiques de Deng Xiaoping et des autorités chinoises en 1978.
Comme le dit Joseph Stiglitz, le développement est dans une très large mesure, plus une question de transformation structurelle de l’économie qu’une affaire de croissance économique. Et cette transformation structurelle correspond au transfert des ressources d’un pays des activités faiblement productives comme des activités de subsistance ou informelles vers des activités à forte productivité et cela ne se fait que par l’industrialisation (Célestin Monga, 2016). De plus, les emplois dans le secteur manufacturier sont généralement plus productifs et mieux payés que les emplois dans les autres secteurs économiques (ONUDI, 2013).
Les opportunités pour le Congo de se lancer dans l’industrialisation sont importantes. Parce que le pays dispose de ressources naturelles abondantes qui peuvent être transformées ; que la demande en produits manufacturiers s'accroît avec la très forte urbanisation du continent ; que les coûts de plus en plus importants de la main d’œuvre dans des pays comme la Chine poussent à la délocalisation de la production et que l’énorme potentiel en matière de commerce inter africain attend d’être réalisé (à un niveau de 16% seulement).
Les objectifs des parcs industriels sont de participer : (I) à la diversification des économies par l’accroissement de la production et à une plus grande diversité de la production ; (II) à l’accroissement des exportations ; (III) à une plus grande intensité dans l’utilisation des technologies pour accroître la productivité ; (IV) au développement de l’emploi rémunéré ; et (V) à l’accroissement de l’investissement grâce au financement direct étranger.

Les parcs industriels ne sont pas que des projets d’infrastructure mais une combinaison intelligente des infrastructures physiques et des infrastructures institutionnelles (y compris logistiques et les services d’appuis) de qualité pour répondre aux besoins des entreprises dans le présent et dans le futur.

Le parc de Sophia Antipolis en France et les nombreuses zones économiques spéciales de Chine sont des exemples de réussite. En Afrique, l’expérience Ethiopienne semble être très prometteuse avec plus de 50,000 emplois dans l’industrie de la chaussure. Par contre, les expériences du Nigeria (Leikki dans l’Etat de Lagos, Ogun-Guangdong dans l’Etat d’Ogun par exemple) semblent rencontrer de grosses difficultés.

Mettre en place des zones économiques spéciales ou des parcs industriels n’est pas une panacée pour relancer le développement économique, accroître la production manufacturière, attirer du financement direct étranger et créer des emplois. Il faut pour cela adresser la question des coûts des facteurs de production (en se basant sur les avantages comparatifs) et des coûts de transactions (économies d’échelle et économies d’agglomération).

Cependant, un certain nombre de conditions apparaissent comme déterminantes pour assurer le succès des parcs industriels. Il s’agit : (I) de l’existence d’une stratégie claire de développement du parc s’appuyant sur les avantages comparatifs de la région/du pays et validée à travers un processus de planification stratégique suivi d’études de faisabilité ; (II) l’établissement d’un cadre légal et réglementaire clair, transparent et prédictible qui clarifie les rôles et responsabilités des différents intervenants et qui offre des protections aux investisseurs et aux développeurs tout en réduisant les interférences et les risques politiques; (III) la présence d’un leadership fort pour assurer l’engagement à long terme des autorités politiques pour s’assurer de la coordination inter agences dans la mise en œuvre d’un programme aussi complexe; (IV) la mise en place d’un statut vraiment particulier qui intègre des infrastructures et un environnement des affaires de première classe; et (V) l’approche catalytique et non de type enclave qui développe des liens avec le marché local à travers les PME.

Ces éléments de base sont en train d’être mis en place au Congo dans le cadre de la Zone économique spéciale de Pointe Noire. La loi créant l’agence de planification et de développement de la ZES de Pointe Noire a été adoptée par le Parlement en 2017 et l’ensemble du cadre réglementaire et institutionnel s’organise. Il faut le dire, la mise en place de la ZES de Pointe fait partie du projet pilote en capacité industrielle de la coopération sino-africaine qui comprend le développement de ZES en Ethiopie, en Tanzanie et au Kenya.

Les études de planification spatiale et industrielle sont en cours et organisées avec de l’expertise chinoise. La ZES de Pointe Noire sera construite sur une superficie de près de 30 km2 et devrait créer des dizaines de milliers d’emplois à terme dans les secteurs raffinage du pétrole, du gaz, des produits alimentaires, du bois, des matériaux de construction, des aciers et produits métalliques, de l’électroménager et de la logistique entre autres.